Atar n’est plus, de nos jours, une destination facile. Après avoir été pendant des décennies une destination touristique de choix, qui attirait des charters de touristes européens, elle a perdu toute sa clientèle depuis le développement du terrorisme régional et son corolaire, le business des enlèvements. C’est donc en marchant sur des oeufs que nous nous déplaçons ici. pour quelques jours Je me suis jointe à l’équipe de Human Energies. Elle est composée de Léo Bréchignac et Max Villien, deux étudiants ingénieurs aux mines de Saint-Etienne.

Toujours à la recherche de moyens communautaires de production d’énergie, ils ont dégoté un contact formidable :  le responsable administratif d’un programme gouvernemental visant à redynamiser les oasis pour endiguer l’exode rural rapide en Mauritanie.

De son nom, nous ne retiendrons que Cheikh. Que ce soit son nom véritable, son titre ou son surnom, il ne nous laissera jamais l’appeler autrement. Cet homme mince d’âge mur, arborant une moustache touffue et roulant rondement ses R dans un français très correct, nous reçoit dans la maison qu’il occupe avec sa famille. Nous empruntons à sa suite un escalier extérieur qui nous mène sur le toit, où se trouve un second salon de réception et une petite salle de bains. Ce sera notre chambre pour les jours à venir. Depuis la terrasse nous voyons à des kilomètres à la ronde et sommes fascinés par le  paysage. Si sec, si inhospitalier et si spectaculaire à la fois, un endroit étonnant pour fonder une ville. L’explication est bien sûr la proximité de plusieurs oasis.

Après un voyage éreintant depuis la côte, nous nous écroulons de fatigue, et Cheikh ne nous réveille que dans la’après-midi pour partager le dîner avec nous. Les nouvelles ne sont pas les meilleures : un inconnu est venu toquer à sa porte et tenté de nous rencontrer pendant l’après-midi, pour nous proposer une excursion. Ils savait qui nous étions, et que nous voyagions ensemble. Or il se trouve que la seule personne à détenir cette information en dehors d’Alassane est un garde frontière, qui nous a vu prendre un taxi ensemble. Les nouvelles ont donc voyagé plus vite que nous. La rumeur dit que les occidentaux sont « pistés » pendant des jours avant d’être enlevés, et là, mise à part la base militaire du coin, on est les seuls français à des centaines de kilomètres à la ronde. Question discrétion, c’est raté.

Cheikh le sent très mal, pour la première fois de sa vie il n’a pas laissé quelqu’un rentrer chez lui. Il nous apprend que 3 espagnols se sont fait enlever deux jours avant, à tout juste 200km d’ici. On essaie de garder la tête froide mais on n’est quand même pas loin de faire dans notre froc. Il se peut bien sûr que l’homme qui est venu soit ce qu’il prétend – un guide touristique en quête de clients -  mais dans le doute, il est temps d’établir une stratégie sécurité.

Nous décidons que Cheikh sera le seul à connaître notre planning. A tous les autres nous donnons des informations fausses et contradictoires. Nous prétendons aussi rester une semaine, alors que le départ est prévu le surlendemain. Pour visiter les oasis, nous irons accompagné soit de Cheikh, soit de son homme à tout faire qui a toute sa confiance. Nous louons un 4×4 pour l’occasion. Il faut savoir qu’en Mauritanie comme au Sahara occidental, les routes sont jalonnées tous les 50 km de postes de contrôle. Si ils voient qu’un véhicule transporte des occidentaux, il note toutes les informations figurant sur leur passeport, et appelle dans la foulée le poste d’après, qui est chargé de vérifier que vous êtes toujours là au contrôle suivant. Ce système est sensé leur permettre de réagir rapidement en cas de problème. Mais dans un paysage où les routes sont optionnelles, il est facile de couper à travers champs (enfin, à travers sable) et de rapidement disparaître dans l’étendue du territoire. Le mieux est donc d’éviter les problèmes.

Dans l’après-midi nous partons vers une première oasis, assez proche de la maison. Le paysage est grandiose, unique. Nous visitons un village en pierre où un thé nous est offert avec un verre de lait…c’est à dire du lait en poudre dilué dans de l’eau froide. On sait se tenir quand même il faudra bien tout boire, mais juste éviter les centaines de mouches qui s’ébattent dans nos verres comme des gamins à la piscine un mercredi après midi. pour le côté positif, on nous sert aussi un plateau géant de dattes, produites localement évidemment. Convenablement organisée, la culture des palmiers dattiers est la source de revenus principale de la région. D’où la présence de Cheikh, dont la mission est de revigorer cette activité et redonner un nouveau souffle aux communautés qui habitent les oasis.

Prochain article : la vie, la construction et l’énergie dans les oasis